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La Pierre et le Sel
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Le blog d'un passeur de la poésie
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2 février 2026

Un jour, un texte : Antjie Krog | La vulgarité des vers

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

Antjie Krog


La vulgarité des vers

que vaut la poésie si ele ne sauve personne ?
*

extirpez le terme « je » de la poésie, prône Maria Stepanova
pourtant le « je » n’est jamais moi quand on emploie le « je »
ajoutons : après des accusations d’exploitation
le « je » devient sans doute le seul domaine
où l’on se trouve admis
*

on se trouve en situation d’ignorance stérile
à courir triste anxieux aveugle
dans le labyrinthe du cerveau
à la recherche d’une issue de secours littéraire
on écrit pour se souvenir de soi
impossible d’être une seule personne
tatoue-toi les paupières
trace le matin une courbe au-dessus de tes cils
commence par le coin de ton œil
enfarine de bleu tes paupières
flatte de mascara le chemin vers tes yeux
n’oublie pas le contour de tes lèvres
remplis ta bouche de transgression prédestinée
et crache-la où tu peux
*

l’écriture se niche au creux de nos désaccords
mère nourricière de notre devenir
la vie durant on essaie
d’être réceptif à une existence
charmeuse et sans visa
*

un poème fore jusqu’au boyau du mot
poignard, tison, lie, remodèle un multivers
élargit la marge
*

je veux être opaque
mener une vie trouble, recluse,
impopulaire, désagréable, sans succès
au fond des catacombes, pleine de révolte
opaque avec une passion profonde, sombre, sans filtre
pour la beauté de la langue, le sublime dans la langue
les mots les plus incisifs dans l’ordre le plus incisif
mais dieu que ça sonne ringard et blanc
*

dans une décennie mon afrikaans
mon style, mes thèmes, mes champs de référence
ne seront compréhensibles à personne
noyés dans la merde des Blancs
dépourvue de bouche, de langue, je vais me désécrire…
*

je malaxe la langue comme je veux
et je vous emmerde

In Bernard Magnier | Poésie d’Afrique au sud du Sahara, © Points, 2025 – Traduction de l’aafrikaans par Georges-Marie Lory

 

Internet

Contribution de PPierre Kobel

5 février 2026

Un jour, un texte : James Sacré | La nuit pour écrire

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

 

James Sacré


La nuit pour écrire

La nuit est là comment venue ?
N'a pas couru, elle respire léger ;
On a peur on a plaisir.
Tout l'monde l'attend
Pour s'endormir, ou mieux faire quelque chose.

 

Quelqu'un s'en va retrouver la nuit un vieux chemin qui va jusqu'à l'odeur d'un lavoir abandonné ; du foin pas coupé dans les prés.

Faire l'amour à la nuit devient un grand moment de silence et de noir tranquille dans les arbres.

C'est que la nuit. Mais tant d'espace juste au bord des maisons remplies de lumière et fermées.

J'attends la nuit, mais pas pour oublier, je vais pouvoir penser n'importe comment à tout.

In La petite herbe des mots © Le dé bleu, 1986

 

Contribution de PPierre Kobel

31 mai 2026

Un jour, un texte : Gustave Roud | une tache couleur de ciel

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

 

Gustave Roud

 

une tache couleur de ciel

 

le bleu profond des corolles en couronne

 

je me penche, tends la main : nul bleuet, mon Dieu, mais les fleurs dont j'ai cherché toute ma vie un reflet dans le regard des hommes… Ah ! les voici retrouvées, ces petites anémones apennines, taches d'azur, jadis, amas d'étoiles hors des feuilles en fouillis léger, dans l'ombre, sous le sorbier de notre jardin, ô mère, sous le sorbier du Jardin.

In Requiem, © Payot, 1967

 

Contribution de PPierre Kobel      

2 juin 2026

Chronique du Marché de la Poésie 2026 | Jour 1

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

 

Demain commence le 43e Marché de la Poésie. Une amie s’étonnait de cette appellation de « marché » pour un domaine si éloigné du mercantile. Mais à parcourir les allées de la manifestation chaque année, place Saint-Sulpice, on sait qu’elle porte bien son nom.

Chaque livre sur les étals est un message, chaque texte est un devenir, un pas en avant. Si les auteurs, parfois, ne sont pas à la hauteur de la poésie qu’ils écrivent, il n’y a rien d’étonnant à cela, car elle nous dépasse et n’est pas contingente de nos travers humains.

Durant cinq jours, le Marché va rassembler les hommes et les mots et souhaitons qu’en cette période d’incertitude et d’inquiétude, leur alliance soit de nouveau un ferment de la résistance nécessaire.

Avec Pierre Dhainaut, qui vient de nous quitter, desserrons nos lèvres.

 

Devant nous s’allongent les ombres, quel sera leur rôle
sinon de prouver que nous en sommes responsables,
nous seulement ? Si les mots avaient eu quelque pouvoir,
le fleuve, en bas, où ne remuent que des reflets de murs,
ils en auraient interrompu le cours,
cette fois, la nuit tombe, et dans la chambre
une fenêtre est restée entrouverte,
l’air qui frôle les doigts n’arrive pas
à les détendre, les corps ne savent plus que faire obstacle,
nous ne nous voyons plus partir à la rencontre.
Quant aux poèmes, ils se remémorent par bribes
ce dont ils ont rêvé : tous disaient l’autre rive,
tous disaient aussi l’enfance éternelle.

 

(extrait) in L’autre nom du vent © L’Herbe qui tremble 2014

 

 

Contribution de PPierre Kobel

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