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La Pierre et le Sel
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La Pierre et le Sel

Le blog d'un passeur de la poésie
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Pour savoir
26 décembre 2025

Libres Mots, le numéro 8 est publié

Ce dernier numéro de la revue Libres Mots est publié, mais pour des raisons indépendantes de notre volonté, il n’est pas accessible en ligne immédiatement. Vous pouvez vous le procurer en nous écrivant à : libresmots@proton.me

Chaque numéro est publié le premier jour d'une nouvelle saison. Son propos n’est que d’ajouter une goutte d’eau à la multitude des publications pour se tenir debout et dire le monde avec ses grandeurs et sa brutalité, ses beautés et ses faiblesses, pour se libérer des inquiétudes et participer d’un avenir meilleur.

La poésie n’est pas indispensable, mais on vit bien mieux avec.

Publication trimestrielle en ligne au format PDF

Le prochain numéro sortira le 19 mars, jour du Printemps

 

Catherine Bierling

 

Surprise

 

Oh, le soleil s’étonne
Il a brisé en miettes les nuages
Le vent les chasse à l’horizon
Un rayon dore soudain ma joue
Deux milans dansent dans la déchirure
Teintée du bleu de l’azur
Ainsi vont
Nos saisons
Intermédiaires
Un jour venté, un jour tout blond
Oscillant entre été et hiver

 

Poème inédit

 

Internet

Contribution de PPierre Kobel

14 décembre 2025

Un jour, un texte : Françoise Collin | une fenêtre bat dans l'encore dormir…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »
Montaigne

Chaque jour un texte pour dire la poésie, voyager dans les mots, écrire les espaces, dire cette « parole urgente », cette parole lente, sa liberté dissidente. Pour se laisser ravir et ravager.

 

Françoise Collin


une fenêtre bat dans l’encore dormir. Les bras remuent, un genou s’ébauche sous le drap. Aujourd’hui entame sa course dans l’écume de curieuses pensées et de chevelures

 

que d’heures passées une fois encore. Que d’heures sans rêve dures comme le ciment. Que d’histoires narrées qui n’auront pas d’écoute

 

hier, au moment de fermer les yeux, elle périssait. Et dans la nuit encore, trois fois réveillée. Maintenant, flottante, elle émerge au seuil d’un immense dimanche, tandis que s’enfuient à toutes jambes deux petites sœurs en jupes écossaises, abandonnant leur corde à danser dans la poussière.

 

eux devant la porte, attroupés, conversent déjà, maris méditerranéens de femmes absentes ou vouées au lavoir, leur trop d’enfants entre les jambes

 

à nos linges pliés nous nous reconnaissons, à nos paquets portés à travers rue. L’une, cheveux défrisés et teints en roux, proteste son destin parmi les autres à longues jupes. L’une rêve d’ailleurs, l’autre d’ici. Elles s’engouffreront dans la même voiture pour la promenade cet après-midi

 

In On dirait une ville, © des femmes, 2008

 

Internet

 

13 décembre 2025

Un jour, un texte : Pierre Dhainaut | Toutes les nuits

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Pierre Dhainaut


(Toutes les nuits…)

Toutes les nuits sans exception n’en forment

désormais qu’une, d’un noir cependant

plus noir, plus tenace. C’est « non » le mot

qui les résument, accaparant nos bouches.

Les murs se chargent, après l’un l’autre,

de nous en assurer quand nous trinquons une fissure,

un souffle, pour trouver une issue.

In Et pourtant, © Arfuyen, 2025

 

Internet

 

12 décembre 2025

Un jour, un texte : Christelle Thébault | Lumière dans l'œil de la mésange

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

 

Christelle Thébault

 

Lumière dans l'œil de la mésange.

Un nuage passe, élargit le bleu du ciel.

L'échancrure du col bascule enfin le regard dans le creux verdoyant du lac.

Un souffle suffit au tremblé des éclats du soleil.

Chaleur sur les pierres et la terre dure.

Le vent dégrafe doucement les feuillages.

La courbe des monts concentre l'univers dans l'espace fermé des falaises.

Le sentier empreinte l'ellipse d'un temps suspendu.

 

Le banc repose toujours nos fatigues, à deux pas du lac.

Tu ressens sous tes doigts la rugosité de son assise usée par la morsure des saisons.

Sa mémoire est source inépuisable d'histoires

Et tes lèvres savent les murmurer.

 

Un frémissement sous ta peau entre en résonance avec le passé ligoté.

Quelles voix cognent à tes tempes ?

Quelles flammes dilatent tes pupilles ?

Des ombres amis peuplent les plis du temps.

Havre de toutes les résistances ce lieu garde nombre de secrets.

Ta parole enfin pourra libérer les espoirs bâillonnés.

Les mots adouciront la brûlure des blessures vives,

La lumière mise à nu s'échappera de l'œil de la mésange.

In Texture 6 – anthologie poétique 2025, © L’An Demain

 

 

11 décembre 2025

Un jour, un texte : Allen Ginsberg | AUTO POÉSIE EN CAVALE DE BLOOMINGTON

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Allen Ginsberg


AUTO POÉSIE EN CAVALE DE BLOOMINGTON

Partir vers l'Est sur des autoroutes luisantes de pluie
Indianapolis, voiture de police doublant a toute allure
Station-service – S'arrêter pour acheter des allumettes
BLAAAM du Silence,
Réverbères étincellent bleu cosmique – ténèbres !
PAF les lumières étincellent à nouveau !
lueur sur trottoir
pompes d'une station Mobil illuminées-sous la pluie
ZIP, obscurité, panne d'électricité sur la route
sifflement de pluie
feux de signalisation au point mort –
Ho! Dimethyl Triptamine étincelantes vibrations circulaires
centre Épineux –
Mandata Einsteinien,
Spectre translucide,
Pointillés d'orbite-télévision dans la cabane arboricole de Ken Kesey
a une panne d'électricité dans la tête,
appareil neurologique grésillant –
Ainsi dérive des mois plus tard
murs de la tour pharmaceutique Eli Lilly
endormi dans l’obscurité du petit matin aux abords d’Indianapolis
Lampadaires allumés alignés en arc de cercle dans le centre de Greenfield
Information de Dallas, Dirksen déclame
« Les Manifestants contre la Guerre au Vietnam ont oublié les lecons de l'histoire »

Traverser l’Ohio, midi
vieux pont suspendu, cimetières de voitures,
la ville de Washington couverte de rouille – hûm –

Fév.66

In La chute de l’Amérique, Traduction par Gérard-Georges Lemaire et Anne-Christine Taylor

 

Internet

10 décembre 2025

Un jour, un texte : Anne Barbusse | je ne parlerai…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

 

Anne Barbusse

 

je ne parlerai que de la voix des femmes que les enfants ont désertées à mi-parcours

si peu de temps que le temps des enfants

comme la tombée des pêches

les assistantes sociales, « avez-vous été affectueux avec votre enfant », la parole assène, nous regardons tomber le monde – elles enquêtent – avec les fruits les choses étaient simples et rondes

car le duvet dépêche fleurissait, la chair rose ou blanche, le sucre sur les baisers

the french kiss, disait un ami grec, quatre ans plus tôt – nous ne

sommes pas au cinéma mais dans un jardin sans clôture aucune, que l'herbe étendue sur

la colline pleine – les assistantes sociales, « vous avez été heureux avec votre mari », les

question à deux sous pleuvent sur l'étendue outrée de mon malheur

l'État

à des droits

sur tous les enfants de toutes les mères et sur les maisons aux grands jardins ouverts

les pêches achèvent de mûrir et de pourrir et de vieillir

je natte mes cheveux dans l'ampleur du matin

je vous donne ma compagne-tristesse et je

ferme la main – créer de toute douleur née – et j'éclos au matin sans les roses dans le parfum des pêches – je tresse ma vie dans l’été frais comme un enfant – les suicides

des adolescents et de leurs pères, cela est connu, cela tombe avec les matins

In Les mères sont très faciles à tuer, © pourquoi viens-tu si tard ?, 2025

 

9 décembre 2025

Un jour, un texte : Pierre Maubé | Le soir efface…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Pierre Maubé

 

Le soir efface doucement les toits, les vieux toits aux ardoises mauves. Ses doigts glissent, légers, immenses, las – de cette lassitude étrange de la pluie.

 

Tout se révèle, à brouiller les visages, le temps de l'attente est une éternité fragile, une broderie recommencée. Périmètres mêlés, horizons à renaître, le ciel ride les fronts de son incertitude. La brume tremble encore, secouée de rafales dernières, mais déjà les verticalités hasardeuses des gouttes se retirent, le roulis calme des gouttières emporte leurs crépitements et sur la ville s'établit, mystérieuse, la trêve.

 

C'est l’heure complice des chats, l'heure noire où se déplie leur territoire, l'heure des corps ployés ou des sauts, droits, parmi le labyrinthe des lucarnes, l'heure des fuites cérémonieuses dans la nuit.

 

Vastes délices de la vue, du décor frêle qu'offrent les noces de la ville et du ciel, de l'écran mélodieux où se dispersent les nuages. À l'infini le gris, nuance d'absolu, miséricordieux glacis où monte la profonde tiédeur de ce monde. Dérive originelle. En cette nuit se mêlent tant de nuits.

In Cette rive, © Les cahiers d'Illador, 2025

 

Internet

 

8 décembre 2025

Un jour, un texte : Brigitte Baumié | Ce train ne partira pas…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Brigitte Baumié

 

Ce train ne partira pas

notre corps fera barrière
notre désir fera barrière
nos bras, nos jambes, nos ventres, notre folie,
notre amour, nos manques, notre attente,
feront barrière

là sur les rails
assises toutes
toi
toi
toi
et toi toutes
nous nous rejoindrons

oui
prenons place sur les traverses
sur les rails brûlants de soleil
le métal brûlant à travers les vêtements
la puanteur du goudron
la puanteur du train qui veut partir

pesons
de toute notre chair
de tout notre poids

répétons ces mots
« ce train ne partira pas »

In S’asseoir sur les rails, © Bruno Doucey, 2024

 

Internet

 

7 décembre 2025

Un jour, un texte : Nimrod | Vertu du vivre

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

Nimrod


Vertu du vivre

J'entends le jardin où tu joues encore

bel enfant de corps et d'âme à moi dérobé

 

J'entends la ténèbre sous les hauts plafonds

d'un ciel pourtant sombre et bas

 

J'entends ces sanglots qui brouillent à mes yeux

le dessin de ton parfait minois

 

que je contemple aurais jusqu'à la fin de mes jours

comme un portrait comme un miroir un reflet

 

de cette beauté qui n'appartient qu'aux garçons

de ton âge et au corps d'enfants que n'altèrent

 

ni le temps ni les saisons ni la lumière ni l'ombre

et l'instant qui attise en moi la vertu du vivre

In Pavane pour le cimetière de Dembé, © Tarabuste, 2025

 

Internet

 

6 décembre 2025

Un jour, un texte : Colette Klein | À l’origine…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Colette Klein

 

À l'origine, j'ai habité sur Alpha du Centaure, puis dans le ventre de mon père, dans celui de ma mère.

Plus tard, j'ai emménagé dans une chambre peuplée de fantômes, puis dans le vide, dans le baraquement enfumé d'un camp de guerre, dans un cagibi qui enfermait les tresses de mes peurs.

Dans une salle de bains où mon sang éclaboussait la blancheur des murs, où j'allumais des orages pour surmonter la violence qui me tenait lieu d'ivresse.

Des trains m'ont servi aussi d'auberge et j'aimais coller mon front contre leurs fenêtres ouvertes sur des paysages qui venaient d'être repeints.

À ce jour, je m'apprête à acquérir l'urne qui abritera mes cendres.

Dernière demeure, dit-on.

Dernier refuge.

À moins qu'un asile ne recueille mon corps, ce corps que j'aurais déserté, oubliant définitivement avoir jamais existé.

In Texture 6 – anthologie poétique 2025, © L’An Demain

 

Internet

 

5 décembre 2025

Un jour, un texte : Jacques Lacarrière | le nuage et la mère…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Jacques Lacarrière

 

Se rencontrent, se joignent, se mêlent, s'épousent ici, en océanes noces, le nuage et la mère. Pariade longtemps désirée et longtemps préparée. Il a fallu des jours et des jours pour que le nuage peu à peu prenne forme, s'agrandissent et se densifie, s'alourdissent de tendres moiteurs et se charge d'aquosités, de pressantes pluviosités, emplisse tout son sein des délicats cristaux d'une neige amoureuse. Pleuvoir est sa façon d'aimer. Épandre son ivresse, épancher sa passion, déverser son désir, voilà le credo du nuage. Se décharger aussi de sa pesante adoration en se penchant, s'inclinant jusqu'à l'eau, ces flots tant convoités, cette mère tant désirée. S'alléger du pesant fardeau de l'amour et sa façon d'aimer. Ne rien gardait de ce qu'il fut en son passé, vivre en flottant dans un constant présent et finir sa vie de nuage en une aqueuse, débordante et fatale étreinte avec celle qu'il a choisie, voulue, élue depuis les hauteurs du ciel. Dans le lexique amoureux des nuages, pleurer, pleuvoir sont synonymes. Si d'aventure vous y cherchait le verbe aimer, vous y trouverez : fondre en larmes.

In Œuvres poétiques complètes, © Seghers, 2025

 

Internet

4 décembre 2025

Un jour, un texte : Emmanuelle Tabet | Caresser le monde

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Emmanuelle Tabet


L’écrivaine et chargée de recherches au CNRS Emmanuelle Tabet fait ici l’éloge de l’écriture carnettiste, pratique du peu et de l’ouvert, « exercice d’attention », c’est aussi une contemplation du monde et un appel au respect de la nature, marque indélébile de la vie sociale quand cette dernière ne la maltraite pas.

Emmanuelle accompagne ses propres réflexions de très nombreuses citations de poètes et met ainsi leur langue à l’avant de notre appréhension du monde.

 

 

Écriture de peu, écriture du peu, écriture en peu de mots. La brièveté de la note ou du fragment va de pair avec un regard dépouillé de toute surcharge : le carnettiste aspire à « une phrase ramassée qui chasserait le fortuit, l'accessoire », à une écriture « par petites touches ».

Pour Jaccottet la notation est une façon de s'exercer à la « simplicité extrême » pour tenter d'approcher ce que Bonnefoy nommait l'« épiphanie du simple ».

Mais aller au plus simple « est loin d'être le plus facile ».

 

*

l'expression étrange

de la simplicité

elle n'est jamais simple

avant qu'on n'y soit absolument familiarisé

conçoit corps et âmes passées dedans.

 

La simplicité suppose une ascèse, une profondeur d'expérience, une façon de se confronter à l'« épaisseur de la réalité ».

 

*

La réduction de l'écrit est une forme de réduction des prétentions humaines, de dépouillement, pour laisser place au battement du cœur.

 

*

Je suis du bref, du cœur

Éric des Garets

 

La brièveté, issue du cœur

Pierre-Albert Jourdan

 

*

Réduction et en même temps dilatation de l'espace.

Écriture où il y a « de la voix, de l'âme, de l'espace, du grand air », où passent les mots comme des « météores ». Écriture au style vaste, aéré, « dont le mouvement aisé, ouvert, s'inspirerait de celui des oiseaux » et qui ne parlerait que « pour l'immensité de l'espace ».

Écriture de l'ouvert, de « ce qui reste ouvert et qui, par là même, n'enchaîne pas ».

In Caresser le monde – Éloge du carnet, © Le Passeur, 2025

 

Internet

 

3 décembre 2025

Un jour, un texte : Gabriel Zimmermann | Face au miroir je vois un front…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Gabriel Zimmermann

 

Face au miroir je vois un front

Traversée par des ruisseaux et sous les yeux

Un début de lune brune :

Voici le paysage aujourd'hui de mon visage

 

À part ces mots qui disent l'affaissement

De la peau, les rides cernant le regard,

L'âge intérieur ne s'effrite pas

 

L'appétit de hurler en est même plus grand

 

Autrefois il aurait fait venir un rictus

Sur mes lèvres, j'y aurais perçu un appel

D'un puissant, de marginal qui veut s'immiscer

Dans une fête, 20 ans plus tard les cris dans la nuit froide

Ne heurtent plus, depuis la rue ils me parviennent

Dans leurs cicatrices de frère

 

La hargne entendue sur la bouche d'un clochard

À éructer contre le temps qui nous brise

Résonne comme un scandale

De se voir vieillir.

In Plus loin que l'atelier, © Tarabuste, 2025

 

Internet

2 décembre 2025

Un jour, un texte : Cécile Oumhani | Les arbres ont revêtu…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Cécile Oumhani

 

Les arbres ont revêtu
leur parure de givre
étourdis par tant de beauté
les merles sautillent
à l’affût des églantiers
et de leurs baies rouges
comme des boules de Noël
car il y a des fêtes loin des villes

 

 

 

 

                                                                        au pays qu’on entend à peine

 

In le pays qu’on entend à peine, © L’Ail des ours, 2025 – Images de Pauline Comis

 

Internet

1 décembre 2025

Un jour, un texte : Arthur Scanu | à moi la joie…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Arthur Scanu


à moi ma joie

à moi ma joie qui ne sépare plus l'épreuve d'être vivant de l'émerveillement

à moi ma joie de la tristesse aussi pour ne rien m'aliéner

à moins ma joie qui m'embrasse sur ma fatigue

et qui la lèche

et qui la touche

et qui la chair de poule

joie qui ne cherche pas la récompense

joie qui s'étale

et s'étale

et qui emporte tout sur son passage

sans me rendre de comptes

 

à moi ma joie qui me soulage

de n'être ni vraiment vainqueur

ni vraiment vaincu

pour enfin

être à mes gestes

ce que je suis

à mes espoirs

 

joie qui me laisse tranquille

et qui fait que je dis jonquille

au lieu de dire probablement, probablement…

 

à la fin il n'y a que la joie qui m'intéresse

la seule chose dont je parle

dont je veux parler

dont je m'occupe

la seule tentation

la seule tentative

la seule tension

que je décrète

 

à la fin il n'y a que la joie

que je trouve

que je ne trouve pas

et qui fait le jour tel

la nuit telle

que la nuit ou le jour en devienne tolérable

ou non

 

joie de tous les efforts consentis

 

sinon plutôt rien faire

c'est moins de risque pris

et c'est moins de fatigue

cette joie est un mois

joie qui n'est que la mienne

et qui n'est pas plus ambitieuse qu'un fou rire

joie qui s'ajoute à la joie

et qui ne connaît ni le débit ni le profit

ni le début ni la fin

qui est là simplement pour ce qu'elle est

pour sa bêtise

pour sa simplicité

pour son incapacité à sauver l'existence

pour sa naïveté

pour sa paresse

pour sa justice

pour son étonnement

pour sa facilité

pour sa franchise

pour sa sobriété

pour son éclair

et par quoi tout est à nouveau choisi

et par quoi tout est à nouveau libre

In On n'est pas sérieuses, © 10 pages au carré, 2025

 

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