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La Pierre et le Sel
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Le blog d'un passeur de la poésie
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25 juillet 2026

Un jour, un texte : Chronique sétoise 2026 | Jour 6

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Clap de fin après ces journées animées. Je mesure l’écart entre les conditions difficiles dans lesquelles s’est tenu ce festival de plus en plus fragile et ce qu’exigerait de reconnaissance et de présence supplémentaires la poésie quand elle parvient toujours à réunir autant de personnes pour l’écouter. Têtes chenues pour beaucoup, j’en conviens, mais qui savent aller à la découverte des voix, des textes.

Dans le contexte politique et social d’aujourd’hui, face aux atteintes subies par la planète du fait de nos actions et de nos ambitions néfastes, les paroles portées ici sont plus que du vent, elles sont le pollen qu’il fait voyager pour fonder de nouveaux espoirs.

 

Chantal Liennel


F.L.E.U.R...

F.L.E.U.R
Pauvre fleur fanée,
si belle,
si rose,
si épanouie.
Pauvre fleur fanée,
épanouie trop vite,
trop touchée,
trop vite cueillie,
fallait la laisser avec les siens.
C’est une fleur si fragile.
Attention à notre culture.
Fragile comme la fleur.
Ensemble, consolidons le lien,
forgeons notre labeur,
gravissons l’échelle.
Ne nous écroulons pas.
Nous ne sommes pas comme des fleurs
qu’on coupe pour en faire
un bouquet harmonieux.
C’est joli à voir, mais…
ça ne dure pas.
F.L.E.U.R
Mais nous…
Nous nous épanouissons
Jusqu’à ce que naissance s’ensuive…

In Voix Vives – Anthologie Sète 2026, © Bruno Doucey, 2026
Poème en langue des signes adapté par l’autrice en français.

Contribution de PPierre Kobel

24 juillet 2026

Un jour, un texte : Chronique sétoise 2026 | Jour 5

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Dans une manifestation comme ce festival Voix Vives, on se retrouve en pays de connaissance et nombre de poètes invités me sont familiers. Pour d’autres je les ai lus peu ou prou et parfois déjà mis en ligne dans ce blog. Mais, au moment d’établir le programme des rencontres auxquelles j’ai envie d’assister, il m’arrive de cocher des noms sur la seule intuition que je vais faire une nouvelle découverte enrichissante.

Dans une petite rue, je m’installe pour écouter Jean-Yves Tayac, poète en voisin, puisqu’il séjourne périodiquement à Sète quand il ne réside pas dans sa ville natale de Rodez. De Rodez à Sète, il ne pouvait manquer de rencontrer celui qui fit le même trajet durant sa longue existence, je veux parler de Pierre Soulages qui disait de sa propriété sétoise qu’il n’avait pas acheté la maison, mais l’horizon. Jean-Yves Tayac a noué avec le peintre une relation quelque peu filiale durant de longues années, jusqu’à la disparition de ce dernier en 2022. Mais le parcours du poète ne se résume pas à cette amitié. Parcours rare qui passe entre autres par des études d’égyptologie et la pratique et l’enseignement de la boxe. Une vie traversée d’expériences, de chemins complexes et d’épreuves qui ont construit une personnalité riche et unique. Son dernier recueil revient sur la perte de sa nourrice, qui lui fut une mère de substitution et qui disparut quand il avait douze ans.

 

Jean-Yves Tayac


À qui parlerais-je aujourd’hui ?

Toi
les murmures de la rivière
te parlent dans la nuit

Moi
te parler
je ne le peux plus

Les feuilles d’arbre aussi te parlent
comme te parlent aussi les herbes effilées
courbées sous le vent de l’été
dans leurs longs sifflements
de tendres violoncelles

Toi
les murmures de la rivière
te parlent sous la terre
Le vent aussi te parle

Moi
te parler
je ne le peux plus

Je recueille les confidences du vent
Retenues dans les cheveux du saule
qui frôlait tes épaules
quand nous longions la rive

Peut-être y seras-tu encore ?
Ou du moins ton empreinte
puisque tu y étais

In Le Chant du désespéré, © Phloème, 2025

 

Contribution de PPierre Kobel

23 juillet 2026

Un jour, un texte : Chronique sétoise 2026 | Jour 4

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Parfois aux paroles d’éclats qui clament la poésie haut et fort dans les rues, succède une voix douce. Ce fut le cas l’autre soir entre minuit et une heure sur le parvis de l’église Saint-Louis avec la parole de Marie Huot. Marie, que j’ai revue deux jours plus tard dans la chaleur d’un après-midi de canicule persistante. Je l’avais découverte dans ce festival en 2010 lors de sa première édition sétoise, je la retrouve cette année. Elle n’a pas besoin d’une voix forte pour qu’elle porte.

Ce qu’elle écrit s’inscrit dans un champ précis. Elle s’attache à des thématiques, choisit une couleur pour chaque projet. Qu’elle parle d’amours, d’intime, de lieux ou de disparus, elle dit l’inquiétude d’être au monde et comment sa parole de poète peut répondre à « l’offense faite aux hommes et au monde ».

Parole de témoin qui questionne sa légitimité et son efficacité.

 

Marie Huot

 

Ciel énorme

Tout était vivant
Il fallait faire attention – disais-tu

Des abeilles en courses brèves
Butinaient tes cheveux

Les cœurs battants
Les herbes folles
La pampa la poussière l’éternité
Tout faisait nid en toi
En ta tête soucieuse

Quelle étrange proie étais-tu
Pour ce ciel énorme
Qui cherchait à tout reprendre

In Porque el alma prende fuego – Douze poèmes pour Lhasa, © Atelier du hanneton, 2025

 

Contribution de PPierre Kobel

22 juillet 2026

Un jour, un texte : Chronique sétoise 2026 | Jour 3

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

De jour en jour, qu’écrire qui dit plus que la veille, plus que les années précédentes ? Je suis sur la place du Pouffre, rebaptisée place du livre. C’est aussi la place de la mairie et les vieux natifs de Sète s’insurgent de ces dénominations, eux qui l’appellent encore « la placette ».

La journée s’éveille, Roula Safar, qui accompagne le festival de puis 21 ans avec son instrumentarium, chante sur la scène, alternant poèmes d’aujourd’hui et d’autres plus anciens, morceaux classiques, parfois venus des pourtours de la Méditerranée.

Quand trop d’intervenants, poètes et animateurs, se paient de mots pour une gloriole illusoire et inutile, au fil des heures, j’ai assisté à quelques séquences dont la teneur donne tout son sens à ce genre de manifestations.

Ce fut le cas avant-hier quand les complices de longue date que sont Robert Lobet et Bruno Doucey ont échangé tandis que le premier peignait en direct durant la lecture que faisait l’autre de son recueil Glaciers qui dit l’actualité dramatique de notre planète que nous mesurons tous désormais.

Ce fut le cas hier, quand le poète belge Aurélien Dony et son éditrice Ariane Lefauconnier nous ont expliqué avec autant de simplicité et d’humour que de savoir, comment s’élabore un recueil, quels échanges entre eux donnent à la matière première des textes, la forme d’un livre et ses respirations. Aurélien, qui a des talents de bateleur, fait ici des performances qui dynamisent les scènes où il se produit et leur public. En amont de cela, son écriture résonne de problématiques intimes et sociales à la fois. Son recueil Désir dingue dit l’amour, le sexe, le désir dans leurs variantes et leurs turbulences. Entre apostrophes denses et paroles lentes qui plongent au-dedans du lecteur.

 

Aurélien Dony


Désir dingue (extrait)

Les mots-désir c’est tout nouveau ça me remue dedans je dis bouillir mon sang mais ça c’est quelque chose de l’ordre du bouillonnement à l’intérieur. Ça leur chauffe à l’intérieur des veines et parfois je me dis les mots-désir un risque d’évaporation.

Les mots-désir j’apprends c’est plonger quelque part où nous n’avons pas pied. En ce qui me concerne les mots-désir c’est prendre le risque du ridicule c’est parler de son corps son corps à soi le sien c’est le mettre son corps au milieu du langage c’est parler par le corps. C’est parler par le corps déployer par un réseau de poils de rides et de cheveux par un delta de veines une carte de plis des mots mis bout à bout pour dire la façon dont mon ventre la façon dont mon sexe la façon dont mes mains ne tiennent plus en place à penser à ses seins à son ventre à son sexe à sa manière de me regarder quand je suis nu.

C’est se passer du cœur et commencer par dire

le corps peut écrire par lui-même.

In Désir dingue, © Bruno Doucey, 2026

 

Contribution de PPierre Kobel

20 juillet 2026

Un jour, un texte : Chronique sétoise 2026 | Jour 2

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Parfois la poésie se dit sans les mots. Je veux dire sans les mots tels que nous les pratiquons. Et c’est alors que la langue des signes prend la relève pour ouvrir l’échange avec les poètes sourds. Depuis des années, le festival Voix Vives s’est ouvert à ces poètes, à leur langue. Avec leurs amis bénévoles, qui font passerelle avec nous, ils disent leurs textes qui relèvent souvent d’une singulière créativité. En voici un exemple.

 

Djenebou Bathily

 

La maison et la nature

La maison a été construite en pierres,
ma foi est inébranlable.

Sous mes pas, les planches en bois vibrent,
un bal d’amour où la famille m’enlace dans ses bras.

Les murs m’offrent leur protection,
les plantes m’apportent leur respiration.

La porte est ouverte au vent,
dehors, l’arbre est tout nu,
face au ciel suspendu.
Si le terreau noir me fait de l’angoisse,
je le creuse pour lâcher prise.

Aux branches, les fleurs tiennent bon,
l’odeur alimentaire flotte dans l’air.

Les fruits mûrissent sous le soleil,
les compotes faites maison.

Les feuilles dansent,
elles transforment en peinture,
les tableaux représentent les paysages :
la montagne qui m’encourage à louer,
la mer qui nettoie mes pensées impures
et la forêt qui me remonte le moral.

La maison est intérieure et la nature est extérieure.

In Voix Vives – Anthologie Sète 2026, © Bruno Doucey, 2026

 

Contribution de PPierre Kobel

19 juillet 2026

Un jour, un texte : Chronique sétoise 2026 | Jour 1

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

Le festival Voix Vives revendique sa 29édition et, pour ma part, j’y viens depuis 2010, à l’exception de deux années. C’est dire combien ces lieux, ces rues, ces places me sont familiers. Chaque année je retrouve mes amis, mes connaissances, leurs publications, cette atmosphère de je ne sais quoi qui dit que la poésie ne sert à rien et qu’elle est indispensable. « Écrire pour quelque chose, écrire pour quelqu’un, écrire pour rien. » disait hier le poète franco-irakien Salah Al Hamdani.

Le festival traduit le manque de moyens de la culture contemporaine et les baisses drastiques de subventions de la part de toutes les institutions publiques. C’est à croire que nous ne sortirons plus de cette spirale qui avale les énergies et les projets. Restent les mots pour dire l’espoir, reste l’utopie de la poésie pour dire un monde à venir. Au risque de se répéter…

 

Salah Al Hamdani


Feuille vive

Dans la fébrilité de la nuit
il m’arrive quelquefois de me tenir au milieu de la page
pour te voir ramasser les étoiles échouées sur l’autre rive

Et je me souviens de ces jeunes palmiers
à la recherche de l’ombre
qui frôlaient la cohue du soleil dans ma tête

Cette fois je retrouve dans ma cachette
des chars sans soldats
la robe de ta grand-mère
et l’arrêt du bus à la sortie de la ville

Il m’arrive quelquefois de trimbaler ton poème
ainsi que le ciel noir de ce dépaysement et l’imprévu banal

Il m’arrive aussi de crier dans ce torrent
pour entendre ta voix dans le sillon des jours
et les cloches s’assemblent en un collier pour des cigognes
écho de ton désir gravé loin dans ma chair

D’un ébranlement à l’autre
d’une guerre à l’autre
toujours toi
l’improbable feuille vive.

In Feuille vive, © Al Manar, 2026

 

Contribution de PPierre Kobel

3 juillet 2026

Un jour, un texte : Levent Beskardès | Je suis clown…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 


 

Levent Beskardès

 

Je suis clown
je suis sourd
je ne porte pas de masque
Pourquoi ?
je suis sourd profond
je ne parle pas
je n'oralise pas
je garde la bouche fermée
c'est simple

Je mets un nez de clown
Pourquoi ?
Covid se répand partout
avec mon nez de clown
je me protège
je suis tranquille

Si je porte un masque
c'est que je suis entendant
non non non
non non non

In Signe-moi que tu m’aimes, © Bruno Doucey, 2024

 

Internet

 

Contribution de PPierre Kobel

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