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La Pierre et le Sel

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La Pierre et le Sel

Le blog d'un passeur de la poésie
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11 décembre 2025

Un jour, un texte : Allen Ginsberg | AUTO POÉSIE EN CAVALE DE BLOOMINGTON

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Allen Ginsberg


AUTO POÉSIE EN CAVALE DE BLOOMINGTON

Partir vers l'Est sur des autoroutes luisantes de pluie
Indianapolis, voiture de police doublant a toute allure
Station-service – S'arrêter pour acheter des allumettes
BLAAAM du Silence,
Réverbères étincellent bleu cosmique – ténèbres !
PAF les lumières étincellent à nouveau !
lueur sur trottoir
pompes d'une station Mobil illuminées-sous la pluie
ZIP, obscurité, panne d'électricité sur la route
sifflement de pluie
feux de signalisation au point mort –
Ho! Dimethyl Triptamine étincelantes vibrations circulaires
centre Épineux –
Mandata Einsteinien,
Spectre translucide,
Pointillés d'orbite-télévision dans la cabane arboricole de Ken Kesey
a une panne d'électricité dans la tête,
appareil neurologique grésillant –
Ainsi dérive des mois plus tard
murs de la tour pharmaceutique Eli Lilly
endormi dans l’obscurité du petit matin aux abords d’Indianapolis
Lampadaires allumés alignés en arc de cercle dans le centre de Greenfield
Information de Dallas, Dirksen déclame
« Les Manifestants contre la Guerre au Vietnam ont oublié les lecons de l'histoire »

Traverser l’Ohio, midi
vieux pont suspendu, cimetières de voitures,
la ville de Washington couverte de rouille – hûm –

Fév.66

In La chute de l’Amérique, Traduction par Gérard-Georges Lemaire et Anne-Christine Taylor

 

Internet

10 décembre 2025

Un jour, un texte : Anne Barbusse | je ne parlerai…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

 

Anne Barbusse

 

je ne parlerai que de la voix des femmes que les enfants ont désertées à mi-parcours

si peu de temps que le temps des enfants

comme la tombée des pêches

les assistantes sociales, « avez-vous été affectueux avec votre enfant », la parole assène, nous regardons tomber le monde – elles enquêtent – avec les fruits les choses étaient simples et rondes

car le duvet dépêche fleurissait, la chair rose ou blanche, le sucre sur les baisers

the french kiss, disait un ami grec, quatre ans plus tôt – nous ne

sommes pas au cinéma mais dans un jardin sans clôture aucune, que l'herbe étendue sur

la colline pleine – les assistantes sociales, « vous avez été heureux avec votre mari », les

question à deux sous pleuvent sur l'étendue outrée de mon malheur

l'État

à des droits

sur tous les enfants de toutes les mères et sur les maisons aux grands jardins ouverts

les pêches achèvent de mûrir et de pourrir et de vieillir

je natte mes cheveux dans l'ampleur du matin

je vous donne ma compagne-tristesse et je

ferme la main – créer de toute douleur née – et j'éclos au matin sans les roses dans le parfum des pêches – je tresse ma vie dans l’été frais comme un enfant – les suicides

des adolescents et de leurs pères, cela est connu, cela tombe avec les matins

In Les mères sont très faciles à tuer, © pourquoi viens-tu si tard ?, 2025

 

9 décembre 2025

Un jour, un texte : Pierre Maubé | Le soir efface…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Pierre Maubé

 

Le soir efface doucement les toits, les vieux toits aux ardoises mauves. Ses doigts glissent, légers, immenses, las – de cette lassitude étrange de la pluie.

 

Tout se révèle, à brouiller les visages, le temps de l'attente est une éternité fragile, une broderie recommencée. Périmètres mêlés, horizons à renaître, le ciel ride les fronts de son incertitude. La brume tremble encore, secouée de rafales dernières, mais déjà les verticalités hasardeuses des gouttes se retirent, le roulis calme des gouttières emporte leurs crépitements et sur la ville s'établit, mystérieuse, la trêve.

 

C'est l’heure complice des chats, l'heure noire où se déplie leur territoire, l'heure des corps ployés ou des sauts, droits, parmi le labyrinthe des lucarnes, l'heure des fuites cérémonieuses dans la nuit.

 

Vastes délices de la vue, du décor frêle qu'offrent les noces de la ville et du ciel, de l'écran mélodieux où se dispersent les nuages. À l'infini le gris, nuance d'absolu, miséricordieux glacis où monte la profonde tiédeur de ce monde. Dérive originelle. En cette nuit se mêlent tant de nuits.

In Cette rive, © Les cahiers d'Illador, 2025

 

Internet

 

8 décembre 2025

Un jour, un texte : Brigitte Baumié | Ce train ne partira pas…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Brigitte Baumié

 

Ce train ne partira pas

notre corps fera barrière
notre désir fera barrière
nos bras, nos jambes, nos ventres, notre folie,
notre amour, nos manques, notre attente,
feront barrière

là sur les rails
assises toutes
toi
toi
toi
et toi toutes
nous nous rejoindrons

oui
prenons place sur les traverses
sur les rails brûlants de soleil
le métal brûlant à travers les vêtements
la puanteur du goudron
la puanteur du train qui veut partir

pesons
de toute notre chair
de tout notre poids

répétons ces mots
« ce train ne partira pas »

In S’asseoir sur les rails, © Bruno Doucey, 2024

 

Internet

 

7 décembre 2025

Un jour, un texte : Nimrod | Vertu du vivre

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

Nimrod


Vertu du vivre

J'entends le jardin où tu joues encore

bel enfant de corps et d'âme à moi dérobé

 

J'entends la ténèbre sous les hauts plafonds

d'un ciel pourtant sombre et bas

 

J'entends ces sanglots qui brouillent à mes yeux

le dessin de ton parfait minois

 

que je contemple aurais jusqu'à la fin de mes jours

comme un portrait comme un miroir un reflet

 

de cette beauté qui n'appartient qu'aux garçons

de ton âge et au corps d'enfants que n'altèrent

 

ni le temps ni les saisons ni la lumière ni l'ombre

et l'instant qui attise en moi la vertu du vivre

In Pavane pour le cimetière de Dembé, © Tarabuste, 2025

 

Internet

 

6 décembre 2025

Un jour, un texte : Colette Klein | À l’origine…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Colette Klein

 

À l'origine, j'ai habité sur Alpha du Centaure, puis dans le ventre de mon père, dans celui de ma mère.

Plus tard, j'ai emménagé dans une chambre peuplée de fantômes, puis dans le vide, dans le baraquement enfumé d'un camp de guerre, dans un cagibi qui enfermait les tresses de mes peurs.

Dans une salle de bains où mon sang éclaboussait la blancheur des murs, où j'allumais des orages pour surmonter la violence qui me tenait lieu d'ivresse.

Des trains m'ont servi aussi d'auberge et j'aimais coller mon front contre leurs fenêtres ouvertes sur des paysages qui venaient d'être repeints.

À ce jour, je m'apprête à acquérir l'urne qui abritera mes cendres.

Dernière demeure, dit-on.

Dernier refuge.

À moins qu'un asile ne recueille mon corps, ce corps que j'aurais déserté, oubliant définitivement avoir jamais existé.

In Texture 6 – anthologie poétique 2025, © L’An Demain

 

Internet

 

5 décembre 2025

Un jour, un texte : Jacques Lacarrière | le nuage et la mère…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Jacques Lacarrière

 

Se rencontrent, se joignent, se mêlent, s'épousent ici, en océanes noces, le nuage et la mère. Pariade longtemps désirée et longtemps préparée. Il a fallu des jours et des jours pour que le nuage peu à peu prenne forme, s'agrandissent et se densifie, s'alourdissent de tendres moiteurs et se charge d'aquosités, de pressantes pluviosités, emplisse tout son sein des délicats cristaux d'une neige amoureuse. Pleuvoir est sa façon d'aimer. Épandre son ivresse, épancher sa passion, déverser son désir, voilà le credo du nuage. Se décharger aussi de sa pesante adoration en se penchant, s'inclinant jusqu'à l'eau, ces flots tant convoités, cette mère tant désirée. S'alléger du pesant fardeau de l'amour et sa façon d'aimer. Ne rien gardait de ce qu'il fut en son passé, vivre en flottant dans un constant présent et finir sa vie de nuage en une aqueuse, débordante et fatale étreinte avec celle qu'il a choisie, voulue, élue depuis les hauteurs du ciel. Dans le lexique amoureux des nuages, pleurer, pleuvoir sont synonymes. Si d'aventure vous y cherchait le verbe aimer, vous y trouverez : fondre en larmes.

In Œuvres poétiques complètes, © Seghers, 2025

 

Internet

4 décembre 2025

Un jour, un texte : Emmanuelle Tabet | Caresser le monde

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Emmanuelle Tabet


L’écrivaine et chargée de recherches au CNRS Emmanuelle Tabet fait ici l’éloge de l’écriture carnettiste, pratique du peu et de l’ouvert, « exercice d’attention », c’est aussi une contemplation du monde et un appel au respect de la nature, marque indélébile de la vie sociale quand cette dernière ne la maltraite pas.

Emmanuelle accompagne ses propres réflexions de très nombreuses citations de poètes et met ainsi leur langue à l’avant de notre appréhension du monde.

 

 

Écriture de peu, écriture du peu, écriture en peu de mots. La brièveté de la note ou du fragment va de pair avec un regard dépouillé de toute surcharge : le carnettiste aspire à « une phrase ramassée qui chasserait le fortuit, l'accessoire », à une écriture « par petites touches ».

Pour Jaccottet la notation est une façon de s'exercer à la « simplicité extrême » pour tenter d'approcher ce que Bonnefoy nommait l'« épiphanie du simple ».

Mais aller au plus simple « est loin d'être le plus facile ».

 

*

l'expression étrange

de la simplicité

elle n'est jamais simple

avant qu'on n'y soit absolument familiarisé

conçoit corps et âmes passées dedans.

 

La simplicité suppose une ascèse, une profondeur d'expérience, une façon de se confronter à l'« épaisseur de la réalité ».

 

*

La réduction de l'écrit est une forme de réduction des prétentions humaines, de dépouillement, pour laisser place au battement du cœur.

 

*

Je suis du bref, du cœur

Éric des Garets

 

La brièveté, issue du cœur

Pierre-Albert Jourdan

 

*

Réduction et en même temps dilatation de l'espace.

Écriture où il y a « de la voix, de l'âme, de l'espace, du grand air », où passent les mots comme des « météores ». Écriture au style vaste, aéré, « dont le mouvement aisé, ouvert, s'inspirerait de celui des oiseaux » et qui ne parlerait que « pour l'immensité de l'espace ».

Écriture de l'ouvert, de « ce qui reste ouvert et qui, par là même, n'enchaîne pas ».

In Caresser le monde – Éloge du carnet, © Le Passeur, 2025

 

Internet

 

3 décembre 2025

Un jour, un texte : Gabriel Zimmermann | Face au miroir je vois un front…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Gabriel Zimmermann

 

Face au miroir je vois un front

Traversée par des ruisseaux et sous les yeux

Un début de lune brune :

Voici le paysage aujourd'hui de mon visage

 

À part ces mots qui disent l'affaissement

De la peau, les rides cernant le regard,

L'âge intérieur ne s'effrite pas

 

L'appétit de hurler en est même plus grand

 

Autrefois il aurait fait venir un rictus

Sur mes lèvres, j'y aurais perçu un appel

D'un puissant, de marginal qui veut s'immiscer

Dans une fête, 20 ans plus tard les cris dans la nuit froide

Ne heurtent plus, depuis la rue ils me parviennent

Dans leurs cicatrices de frère

 

La hargne entendue sur la bouche d'un clochard

À éructer contre le temps qui nous brise

Résonne comme un scandale

De se voir vieillir.

In Plus loin que l'atelier, © Tarabuste, 2025

 

Internet

2 décembre 2025

Un jour, un texte : Cécile Oumhani | Les arbres ont revêtu…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Cécile Oumhani

 

Les arbres ont revêtu
leur parure de givre
étourdis par tant de beauté
les merles sautillent
à l’affût des églantiers
et de leurs baies rouges
comme des boules de Noël
car il y a des fêtes loin des villes

 

 

 

 

                                                                        au pays qu’on entend à peine

 

In le pays qu’on entend à peine, © L’Ail des ours, 2025 – Images de Pauline Comis

 

Internet

1 décembre 2025

Un jour, un texte : Arthur Scanu | à moi la joie…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Arthur Scanu


à moi ma joie

à moi ma joie qui ne sépare plus l'épreuve d'être vivant de l'émerveillement

à moi ma joie de la tristesse aussi pour ne rien m'aliéner

à moins ma joie qui m'embrasse sur ma fatigue

et qui la lèche

et qui la touche

et qui la chair de poule

joie qui ne cherche pas la récompense

joie qui s'étale

et s'étale

et qui emporte tout sur son passage

sans me rendre de comptes

 

à moi ma joie qui me soulage

de n'être ni vraiment vainqueur

ni vraiment vaincu

pour enfin

être à mes gestes

ce que je suis

à mes espoirs

 

joie qui me laisse tranquille

et qui fait que je dis jonquille

au lieu de dire probablement, probablement…

 

à la fin il n'y a que la joie qui m'intéresse

la seule chose dont je parle

dont je veux parler

dont je m'occupe

la seule tentation

la seule tentative

la seule tension

que je décrète

 

à la fin il n'y a que la joie

que je trouve

que je ne trouve pas

et qui fait le jour tel

la nuit telle

que la nuit ou le jour en devienne tolérable

ou non

 

joie de tous les efforts consentis

 

sinon plutôt rien faire

c'est moins de risque pris

et c'est moins de fatigue

cette joie est un mois

joie qui n'est que la mienne

et qui n'est pas plus ambitieuse qu'un fou rire

joie qui s'ajoute à la joie

et qui ne connaît ni le débit ni le profit

ni le début ni la fin

qui est là simplement pour ce qu'elle est

pour sa bêtise

pour sa simplicité

pour son incapacité à sauver l'existence

pour sa naïveté

pour sa paresse

pour sa justice

pour son étonnement

pour sa facilité

pour sa franchise

pour sa sobriété

pour son éclair

et par quoi tout est à nouveau choisi

et par quoi tout est à nouveau libre

In On n'est pas sérieuses, © 10 pages au carré, 2025

 

30 novembre 2025

Un jour, un texte : Andrée Chedid | L'instant et l'échappée

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.


 

Andrée Chedid


L'instant et l'échappée

Les raisons s'entrecroisent

Et n'atteignent nulle cible

L'énigme frappe

À nos portes ensablées

 

Est-ce vivre

Que chevaucher le présent

Mais renier le futur ?

Se parer de saisons

Mais tarir la durée ?

 

Est-ce vivre

Qu'ignorer l’ici

En arpentant l'éternel ?

Délaisser le quotidien

Et s'arroger l'infini ?

 

Ni ceci ni cela

Mais ensemble dans notre brasier

Le grain avec l'espace

L'instant et l'échappée

In Territoires du souffle, © Flammarion, 1999

 

Internet

 

29 novembre 2025

Un jour, un texte : Antoine Emaz | Avoir vu…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 


 

Antoine Emaz

 

Avoir vu,

cela ne change pas grand-chose au cours du sang, au poids du corps là, présent devant, avec les fleurs. Elles montent, il se tasse.

En^m temps, des appels trouent le calme : il reste pourtant, troué.

Un afflux, les fleurs, autant que les murs le corps les tués : une montée désordonnée de rouge.

In Dedans dehors, © Rougier V., 2012 – Aquarelles de Martine Salavize

 

Internet

 

28 novembre 2025

Un entretien avec Lydia Padellec

La Pierre et le Sel republiera de façon épisodique des articles parus initialement depuis sa création en 2011 et qui font partie de ses archives.

Le parcours personnel en poésie et l’aventure éditoriale de Lydia Padellec qui font le sujet de cet entretien du 12 juin 2012, se poursuivent toujours et restent d’une actualité dynamique.

 

La Pierre et le Sel - Quel est l'itinéraire personnel qui t'a conduite à la poésie ?

 

Lydia Padellec - J’ai écrit mes premiers poèmes à quinze ans. À dix-sept ans, je découvre au lycée, Rimbaud et Baudelaire : je cherche à les imiter, sans grand succès. À dix-huit ans, je tombe amoureuse de Robert Desnos et d’Hamlet ; je découvre Aimé Césaire, premier poète contemporain, à travers son magnifique Cahier d’un retour au pays natal… au programme du baccalauréat littéraire cette année-là.

Étrangement, j’écrivais assez peu de poèmes et m’intéressais davantage au genre de la nouvelle. À l’université, je me passionne pour les surréalistes – André Breton et son Amour fou, entre autres, et… L’arrière-pays de Yves Bonnefoy (au programme de mes études) qui me laisse un arrière-goût amer. Heureusement, la même année (1999), un atelier d’écriture poétique est organisé au sein de l’UFR de St Quentin-en-Yvelines, animé par Gérard Noiret : c’est le « déclic » ! À partir de cet instant, la poésie est devenue ma vie.

 

La Pierre et le Sel - Quelle place occupe aujourd'hui la poésie dans ton existence ? As-tu d'autres activités d'écriture ? D'autres activités de création artistique ? Si oui quelles sont les interactions avec l'écriture poétique ?

 

Lydia Padellec - La poésie prend toute la place. J’ai tenté de concilier avec un autre « métier » (l’enseignement en particulier) : je n’y arrive pas ; peut-être parce que je pense, je respire, je vis en poète ? Ce qui ne veut pas dire bien sûr que je vis recluse dans « ma tour d’ivoire » ! Au contraire, j’ai besoin d’aller vers les autres. Un poète est ancré dans la société et vit dans son temps. Il est vital pour moi d’échanger, de rencontrer, de transmettre mon amour des mots via des ateliers.

J’ai toujours eu une écriture minimaliste : la découverte du haïku en 2001 a été une révélation. Il m’a fallu un certain temps pour saisir « l’esprit » de ce petit poème venu du Japon. La rencontre avec l’association francophone de haïkus a été déterminante dans mon « apprentissage », ainsi que ma participation régulière au kukaï de Paris depuis 2007. Le haïku m’a permis de me repositionner par rapport à la poésie en général et au monde. D’une écriture hermétique, un peu surréaliste, le haïku m’a ramenée vers le réel, à une poésie du quotidien.

J’ai commencé à animer des ateliers d’écriture en 2005, d’abord de poésie, puis de plus en plus de haïkus, auprès de jeunes en difficultés scolaires. Très vite les Arts plastiques m’ont rattrapé : j’aime effectivement associer l’écriture aux arts, et en particulier le haïku et l’art postal. Plus récemment, je m’intéresse à l’art du haïga (dessin+haïku) et du haïsha (photo+haïku). J’apprécie également de lier poèmes et peintures dans des collages.

Par ailleurs, je suis sensible à l’oralité du poème : j’ai participé pendant quatre ans à des lectures-spectacles au sein de l’association « Les Poètes d’ici ». En 2010, j’ai créé un spectacle poétique et musical Sur les lèvres rouges des Saisons, autour des trois formes poétiques japonaises – le haïku, le tanka et le haïbun. Aujourd’hui, je me suis associée au groupe de musique phar:away pour un spectacle pluridisciplinaire intitulé Voyage au bout des doigts.

 

La Pierre et le Sel : Quels sont les poètes, contemporains ou du patrimoine, qui te sont proches par leur écriture ? Quelle place accordes-tu à la lecture des autres poètes dans ton travail personnel ?

 

Lydia Padellec - J’en ai cité déjà quelques-uns : pour les classiques, Baudelaire, Rimbaud, Desnos, Eluard, Schehadé, Guillevic, Akhmatova, Plath, Tagore, Issa, Bashô, Chiyo ni… et beaucoup d’autres ! Pour les contemporains : Lionel Ray, Judith Chavanne, Vénus Khoury-Ghata, Salah Al Hamdani, Hélène Dorion, Cécile Oumhani, Philippe Jaccottet, Marie Sunahara… et j’en oublie ! Lire et écrire sont deux activités complémentaires. Chaque poète a des modèles qui lui ont permis d’édifier son propre univers poétique. Lire un poème, c’est comme une rencontre inattendue, aller vers cet autre différent, à la fois étranger et pourtant semblable. Ces « rencontres » poétiques sont essentielles, elles sont autant de bornes sur mon chemin.

 

La Pierre et le Sel : As-tu déjà publié ? Dans des revues ? Lesquelles ? Des recueils ?

 

Lydia Padellec - Ma première publication remonte à 1999, l’année où j’ai participé à l’atelier de Gérard Noiret. Un atelier ouvert au public. C’est ainsi que j’ai rencontré Hervé Martin, créateur de la revue Incertain regard qui publia mes premiers poèmes, notes de lecture et chroniques. Depuis, j’ai été publiée dans une vingtaine de revues papier en France (poésie/première, Le Coin de table, N4728, Spered gouez, Pyro, Gong…) et à l’étranger (Mouvances, Casse-pieds – Canada francophone ; Magnapoets – Canada anglophone ; Whirligig – Pays-Bas), mais aussi des revues en ligne (Ploc’, Haïkouest, Le Manoir des poètes, 575…). Mes textes figurent aussi dans une trentaine d’anthologies en France et à l’étranger (Canada, Japon, Roumanie, États-Unis).

Mes premiers livres « personnels » sont des livres d’artistes édités par « ça presse » de mon ami Marc Giai-Miniet : Lumières de cendre (2005) et Foukenn diwan (2007). Grâce à Marc, j’ai pris goût aux jolis livres (à tirage limité)… Ensuite, en 2011 paraît mon premier recueil aux éditions Le bruit des autres, La maison morcelée, et, en 2012, La mésange sans tête aux éditions Éclats d’encre. Ce sont des recueils très proches – bien qu’ils soient différents par la forme (poèmes en prose pour l’un et quatrains pour le second) – dédiés à ma grand-mère, ils sont marqués par la perte, le silence, la mémoire fragmentée.

La Pierre et le Sel - Tu as créé les Éditions de la Lune bleue, il y a deux ans. Était-ce un projet de longue date ? Quelles idées fondatrices t'ont conduite à cela ?

 

Lydia Padellec - J’ai toujours aimé créer des livres ! Le premier remonte à mes huit ans : un petit conte (rempli de fautes d’orthographe), illustré par mes soins et relié avec un bout de ficelle.

Marc Giai-Miniet m’a montré une autre manière de faire des livres, qui me plaît. Je ne me suis pas lancée dans l’édition tout de suite, car je ne me sentais pas prête. En 2008, j’ai voulu créer une maison d’édition associative avec des amis, mais aucun n’était vraiment partant… Puis, en mars 2010, « déclic intérieur » : je me lance seule dans l’aventure avec « La Lune bleue » ! Le nom n’est pas anodin : la lune bleue est la treizième pleine lune de l’année, un fait plutôt rare… j’ai ainsi voulu souligner le côté rare et précieux de mes petits livres – tirage à 50 exemplaires, dont 5 tirages de tête (avec un original de l’artiste et un texte manuscrit du poète). Autre particularité : comme la double face de la lune, je propose un catalogue à la parité parfaite avec une parution « en couple » d’un poète homme et d’une poète femme.

 

La Pierre et le Sel - Comment travailles-tu ? Seule ou en équipe ? À partir de quels critères fais-tu tes choix de publications ?

 

Lydia Padellec - Je travaille seule : je choisis le poète qui me propose un ensemble de huit petits textes (ou quatre en version bilingue) puis l’artiste à qui j’envoie les poèmes me soumet cinq images au format du livre. Je fais moi-même la maquette du livre. Je gère seule cette petite maison d’éditions qui est autofinancée ; je ne reçois aucun revenu de cette activité, la vente des livres me permettant juste d’en créer d’autres. Pour l’impression, je fais appel à une reprographie près de chez moi en leur fournissant le papier. Ensuite le livre se fait de manière artisanale – c’est l’aspect qui me plaît le plus : je plie les feuilles, je les assemble, puis je couds le livre avec du fil bleu… cela me rappelle les gestes appliqués de la fillette de huit ans… Ensuite, je numérote et signe chaque exemplaire. Viendra après la rencontre du poète et de l’artiste pour leur signature…

Depuis cette année, je fais appel à l’atelier Mazette de mon ami Gilles Cheval (qui fabrique, lui aussi, ses propres livres) pour des projets plus ambitieux, comme des anthologies, dont celle de Voyage au bout des doigts qui rassemble les poètes et les artistes participant au projet de phar : away.

 

La Pierre et le Sel - Comment entres-tu en relation avec les auteurs que tu publies ? Relations personnelles ? Envoi de manuscrits ou tapuscrits ? Sollicitations de ta part ?

 

Lydia Padellec - Lors d’évènements poétiques, des soirées qui mettent à l’honneur un poète comme pour Myriam Montoya ou Salah Al Hamdani, le marché de la poésie pour Cécile Oumhani et Luce Guilbaud… Les poètes avec qui je travaille sont avant tout des amis. J’aime et j’admire leur poésie. Quant aux artistes, ce sont souvent des coups de cœur.

La Lune bleue est ouverte aux poètes et artistes du monde, contemporains et vivants. Je ne publie que six livres par an, dont un est consacré au haïku.

Je ne souhaite pas recevoir de manuscrits, puisque c’est moi qui sollicite les poètes et artistes avec qui je désire créer un livre.

 

La Pierre et le Sel : Quels modes de diffusion utilises-tu ? Démarches-tu les libraires ? Organises-tu des lectures et des manifestations autour de tes publications ? Participes-tu à des salons du Livre ?

 

Lydia Padellec - La Lune bleue est auto-diffusée. Sur les cinquante exemplaires, j’en donne 10 à l’artiste, 15 au poète pour leurs droits d’auteur. Il m’en reste donc 25. Il y a déjà six livres (sur 14) du catalogue qui sont épuisés. Je ne démarche pas les libraires, car je préfère la vente directe au lecteur soit par le site internet soit à travers des manifestations comme le marché de la poésie de Saint-Sulpice ou des lectures-rencontre à la maison de la poésie de St Quentin-en-Yvelines, soit à des salons du livre (Lirenval, Durcet…).

 

La Pierre et le Sel : Quels sont tes projets à venir ?

 

Lydia Padellec - En tant que poète : je travaille sur plusieurs manuscrits, dont un qui a reçu la bourse découverte du CNL cette année.

En tant que haïjin : pour le Festival francophone de haïkus, qui aura lieu du 4 au 7 octobre 2012 à Martigues, j’attends des réponses concernant l’édition du recueil de mon spectacle Sur les lèvres rouges des Saisons, ainsi que sa programmation au Festival.

En tant que plasticienne : j’aimerais trouver le temps pour me remettre à la peinture et approfondir mon travail sur les collages poétiques…

En tant qu’éditrice : une nouvelle anthologie va paraître très prochainement…

En septembre-octobre, La Lune bleue va publier La minute papillon de Vincent Hoarau (jeune haïjin, dont ce sera le premier livre édité) et un recueil de poèmes d’Aurélia Lassaque. En décembre, nous aurons Chuchotis de Gabriel Althen et probablement un recueil de Lionel Ray…

 

Poèmes inédits :

 

Au cœur du souffle

 

À Andrée Chedid

 

Respirer au cœur du souffle et sentir l’haleine du rêve sur les joues. Le regard du poète est une fenêtre ouverte sur le monde. Main dans la main, le chant de l’oiseau nous guide sur la route des fables et des révoltes.

 

****

 

Quel rêve
peut venir après
la levée de l’ombre
sur ses cils ?
les rideaux se balancent
au rythme d’une musique
oubliée

 

****

 

Et quelques haïkus :

 

Départ du train –
Souvenir de ses baisers
sur mes doigts tremblants

 

****

 

Photo de famille –
Le frémissement des lèvres
avant le sourire

 

****

 

Océan si vaste –
Rien que le poids de la brise
dans ses petites mains

 

Lydia Padellec en dix points :

 

  • Née en 1976 à Paris

  • Anime des ateliers d’écriture et d’arts (mail art, haïga)

  • Membre de l’association francophone de haïkus, de Haïkouest, de la MEL et de l’association des écrivains bretons.

  • Participe au Festival francophone de Haïku (Montréal 2008, Lyon 2010 et Martigues 2012)

  • Expositions à Montréal, Paris, Lyon, Chevreuse, Tübingen (Allemagne)

  • Résidence d’écriture à la Réserve naturelle de Val et Coteaux de St Rémy-lès-Chevreuse en 2010-2011.

  • Bourse découverte du CNL (2012)

  • Création d’un spectacle en 2010 « Sur les lèvres rouges des Saisons »

  • Création des éditions de la Lune bleue en 2010

  • Coéditions de Voyage au bout des doigts en 2012 (spectacle phar : away)

 

Internet

 

 

27 novembre 2025

Un jour, un texte : Jean-Marc Barrier | Écrire de petites choses…

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne

 

Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

Jean-Marc Barrier

Écrire de petites choses qui nous protègent, qui nous tiennent chaud pendant le grand voyage. On se rapetasse une cabane et on s’abrite. Bien chaud serrés, on s’invente un cocon, on se murmure des phrases on se calfeutre. Dedans dehors on se sent mieux. On va trouver de l’air en écoutant.

In La rue infinie, © Phloème, 2021

 

26 novembre 2025

Libres Mots, une revue pour donner la parole à la poésie

« De numéro en numéro, Libres Mots pose la même question : à quoi sert la poésie ? Qu’elle se veuille élégiaque par la description de la nature et des lieux, qu’elle ramène à soi et aux questions intérieures, intimes, qu’elle dresse le poing et dise le monde, c’est toujours son adéquation à la vie qu’elle recherche, c’est toujours le chemin de soi aux autres qu’elle parcourt et exprime. » Cet extrait de l’édito du dernier numéro dit bien ce qu’est la vocation de cette revue. Avec ses minces moyens, qui sont ceux de la passion, elle se propose d’aller à la rencontre des écritures des autres et du lien au monde que cela induit.

Chaque numéro est publié le premier jour d'une nouvelle saison. Son propos n’est que d’ajouter une goutte d’eau à la multitude des publications pour se tenir debout et dire le monde avec ses grandeurs et sa brutalité, ses beautés et ses faiblesses, pour se libérer des inquiétudes et participer d’un avenir meilleur.

La poésie n’est pas indispensable, mais on vit bien mieux avec.

Publication trimestrielle en ligne au format PDF

 

 

Gabriela Marin

 

je suis

 

je me libère et réfléchis

je me cherche et me défie

j’apprends et je vis

je découvre, me méfie

je m’en veux et me suis

si j’existe je vérifie

je le pense et je l’écris

je me cache et je souris

je chuchote ou je crie

ma vérité – mon reflet dans l’infini

dans le silence et dans le bruit

je suis et je le dis

à tout le monde et à la vie

 

Poème inédit

 

Internet

26 novembre 2025

Un jour, un texte : Ana Luisa Amaral | Nuit brévissime et sans solennité

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 

 

Ana Luisa Amaral


Nuit brévissime et sans solennité

Que la nuit si discrète en ombres

et en effrois nous puisse encore posséder,

elle qui jadis accueilli des amants plus

dispersés, des rêves plus naviguants vers

 

les autres. Qu’elle nous puisse recueillir

ainsi. Et accueillir : la muraille forcée

de mon champ, ma main – les pores si

visibles en cette lumière, comme des cratères subits.

 

Ou une croix symbolique de joie. Velours.

Qu’elle puisse nous protéger, enfin : la lumière

sur la jalousie – ombre joyeuse, dénonçant

un chant doucement, annonçant des chants

 

parallèles d’amour et de pensée. Le long

de mon doigt, ton ombre obscure,

parallèle, accompagnant la lune, ou quelque

étoile (car peu importe les astres

 

les plus grands, si le cœur se perd tout près

du sol en cette nuit ainsi). Il est fondamental,

donc, qu’elle s’habille : un bouclier immense et une lance,

ou qu’elle se déshabille ici, comme une enfant, trans-

 

figurant des mondes futurs : fondamental

également qu’elle soit d’effroi, et qu’elle ait

une ombre, et qu’elle se mue en chant.

Brévissime. Indiscret. Et infondamental.

In ARPA numéro 149 – 150, © ARPA, 2025 – Traduction du portugais par Catherine Dumas

 

Internet

 

25 novembre 2025

Un jour, un texte : James Sacré | Un dernier poème qui restait

La poésie « est au-dessus des règles et de la raison.
Elle ne pratique point notre jugement ; elle ravit et ravage. »

Montaigne


Un texte pour dire la poésie,
voyager dans les mots, écrire les espaces,
dire cette « parole urgente », cette parole lente, s
a liberté dissidente.
Pour se laisser ravir et ravager.

 


 

James Sacré


Écrire un poème en français...

Écrire un poème en français

Mais quel français frotté à mon patois natal ?

Ou qui pense (sans y penser) à d'autres langues ?

Une langue, ma langue est tout de suite qui m'échappe.

 

Et si quelqu'un s'en saisit dans la sienne

En espagnol, en anglais, elle me parle de loin

Mais en norvégien, en arabe, en bengali

Il n'y a plus que des signes dont même on ne sait pas

S'il parle : dessins de lettres, de leurs alentours :

On voit mais on n'entend plus rien. On voit

Mais pas ce qu'on voyait dans mon poème en français.

D'une langue à l'autre tout fout le camp, pas mal,

Et tout se tient pourtant.

In Écrire un poème, © La Main qui écrit, 2015

 

 

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